
« Je veux faire Qualiopi pour faire de la formation financée par le CPF. »
Cette remarque, je l’entends quasiment une fois sur deux dans les demandes d’accompagnement. Et s’il pourrait être rentable pour moi de répondre « bien sûr, allons-y », je prends pour devoir d’expliquer les tenants et aboutissants de ce financement.
Parce que non, Qualiopi ne rend pas vos formations éligibles au CPF. C’est certes une condition nécessaire, mais c’est loin d’être suffisant. En réalité, cette confusion fait perdre du temps, de l’argent, et génère des désillusions le jour où l’on découvre que le chemin est bien plus long que prévu.
Concrètement, il faut distinguer deux choses :
L’éligibilité de la formation
Autrement dit : est-ce que cette formation peut bénéficier d’un financement CPF ?

L’article L.6323-6 du Code du travail le dit clairement : seules les actions certifiantes préparant à une certification enregistrée au RNCP ou au RS peuvent prétendre à un financement CPF.
D’un côté, le RNCP (Répertoire National des Certifications Professionnelles) recense les certifications de métier : diplômes, titres professionnels, CQP. Un titre RNCP de niveau 5, par exemple, correspond à un BAC+2.
De l’autre, le RS (Répertoire Spécifique) regroupe les certifications complémentaires : compétences transversales, habilitations réglementaires, certifications de compétences comme le CléA, les langues, le numérique, etc.
En dehors de ces deux répertoires, seules quelques actions restent éligibles « de droit » : bilan de compétences, VAE, permis de conduire. Pour tout le reste, pas de certification enregistrée, donc pas de CPF. Point.
Vous pouvez avoir une formation excellente, des retours clients au top, une pédagogie irréprochable. Toutefois, si elle ne prépare pas à une certification inscrite au RNCP ou au RS, elle n’a pas sa place sur Mon Compte Formation.
C’est donc bien la certification qui ouvre le droit au financement CPF. Pas la qualité perçue, pas la réputation, pas Qualiopi.
De plus, l’enregistrement au RNCP ou au RS n’est jamais acquis définitivement. En effet, le Vadémécum de France Compétences, publié fin janvier 2026, durcit les attendus : preuves d’enregistrement renforcées (taux de réussite, données d’insertion), utilisation stricte des intitulés officiels, et refus possible en cas de fausses déclarations.
Par conséquent, si vous travaillez sous habilitation d’un certificateur, sa conformité vous concerne directement. S’il perd son enregistrement, votre éligibilité saute avec.
Les conditions pour l’organisme de formation
Autrement dit : avez-vous, en tant qu’organisme de formation, le droit de délivrer cette formation dans le cadre du CPF ? C’est la deuxième question, et c’est souvent en la mélangeant avec la première que la confusion s’installe.

Être certifié Qualiopi
C’est le prérequis réglementaire. Depuis 2022, tout organisme doit détenir la certification Qualiopi pour accéder aux financements publics ou mutualisés, CPF compris. En d’autres termes, sans Qualiopi, pas d’accès à EDOF.
Être certificateur ou habilité
Soit vous détenez vous-même une certification enregistrée au RNCP ou au RS auprès de France Compétences. Dans ce cas, votre formation est directement éligible.
Soit vous préparez vos stagiaires à une certification existante, portée par un autre organisme. Alors, vous devez obtenir une habilitation de ce certificateur, qui vous déclare ensuite sur sa fiche France Compétences. Sans cette habilitation, impossible de référencer votre formation sur EDOF.
Ce qui évolue en 2026

Parmi les évolutions récentes, c’est celle qui aura le plus d’impact.
En effet, l’article 81 du PLF 2026 introduit un plafond de droits CPF mobilisables pour les formations menant à une certification du RS. En revanche, les formations RNCP ne subissent aucun plafonnement.
Le gouvernement distingue donc clairement les deux répertoires dans le financement. RNCP : accès plein. RS : prise en charge plafonnée. Le montant exact reste à confirmer, mais les discussions évoquent environ 1 500 € par action — pour un prix moyen d’achat CPF qui tourne autour de 1 590 €. L’impact est donc direct.
Par conséquent, pour les organismes dont l’offre repose essentiellement sur des certifications RS, c’est un signal d’alarme. Diversifier entre RNCP et RS, ou ne pas dépendre du CPF comme unique source de financement, n’est plus un conseil : c’est une nécessité.
À cela s’ajoute le reste à charge. Depuis mai 2024, tout titulaire du CPF doit s’acquitter d’une participation forfaitaire : 103,20 € au 1er janvier 2026. Ce montant s’applique même si le solde CPF couvre la totalité de la formation. Seuls l’employeur ou l’OPCO peuvent le prendre en charge. En outre, il est interdit pour un organisme de formation de proposer un remboursement au bénéficiaire.
Plafonnement RS + reste à charge : le signal est clair. Le CPF se recentre et se régule.
Un marché sous contrôle
Il faut également garder en tête le contexte. Depuis la monétisation du CPF en 2019, la fraude a pris une ampleur considérable : démarchage abusif, formations fictives, certifications fantômes. Selon la Caisse des Dépôts, 20 % des premiers dossiers audités présentaient des anomalies. De plus, un tiers des inscrits en formation certifiante ne se présentent même pas pour passer la certification.
Face à cela, l’État a réagi. La loi du 19 décembre 2022 a d’abord posé le cadre contre la fraude et le démarchage. Puis, en 2025, la Caisse des Dépôts a renforcé sa coopération avec l’Office National Anti-Fraude pour mieux détecter et sanctionner. Enfin, un nouveau projet de loi adopté au Sénat en novembre 2025 prévoit des amendes administratives pouvant atteindre 4 000 € par manquement, et autorise les banques à signaler les opérations financières suspectes liées à un organisme de formation.
Côté sous-traitance, le cadre s’est également durci : déclaration annuelle obligatoire sur EDOF, plafond de 80 % du chiffre d’affaires sous-traité, et obligation de détenir Qualiopi pour les sous-traitants intervenant sur des actions CPF.
Pour les organismes sérieux, c’est en réalité une bonne nouvelle. Le marché s’assainit. Mais cela impose, en contrepartie, une rigueur sans faille.
En résumé

La question n’est donc pas « est-ce que j’ai Qualiopi ? » mais plutôt « est-ce que ma formation prépare à une certification enregistrée au RNCP ou au RS, et est-ce que tout est aligné — de la fiche France Compétences jusqu’à EDOF — pour le démontrer ? ».
C’est ça, la vraie porte d’entrée du CPF. Qualiopi vous met sur le terrain. La certification vous donne le droit de jouer. Et la rigueur quotidienne vous permet d’y rester.
Chez OGMA, nous accompagnons les organismes de formation dans la structuration de leur démarche qualité, de la préparation Qualiopi jusqu’à la conformité CPF. Notre rôle : vous rendre autonome, clair, et serein face à ces exigences.
